Le mandat d’élu d’une chambre de commerce et d’industrie (CCI) va profondément changer dans les années à venir sous le double effet de la baisse drastique de la ressource fiscale affectée aux CCI et de la modification de leurs statuts, tels qu’ils ont été actés par la loi PACTE, qui devrait entrer en vigueur après son passage devant le Sénat en 2019.

Si le travail des CCI au service des entreprises, que ce soit en matière d’accompagnement à la création d’entreprise, à leur développement en France ou à l’international, est toujours reconnu, le mode de financement de ses actions va profondément changer et ce à marche forcée. A l’horizon 2021, les ressources fiscales représenteront une part minime du budget des CCI, l’idée de l’Etat étant de leur demander d’augmenter leur chiffre d’affaires, y compris et surtout en intervenant dans le secteur concurrentiel, afin de dégager suffisamment de marge pour financer ainsi leurs missions de service public auprès des entreprises.

Si, en tant que dirigeant d’entreprise je ne peux que partager la volonté affichée par l’Etat de baisser les prélèvements obligatoires sur les entreprises en supprimant la taxe sur les frais de chambres consulaires, je suis par contre, en tant qu’élu consulaire, dubitatif sur la voie proposée de modification des modes de financement.

Prétendre que nous pourrons maintenir nos capacités d’action et changer de modèle en trois ans avec une telle baisse des moyens est illusoire. Quelle entreprise, qui n’est pas une start-up et qui plus est un service public, a aujourd’hui sur un aussi court laps de temps la capacité de multiplier son chiffre d’affaires par trois ou quatre (sans parler de ses marges), alors que ses moyens se réduisent et qu’elle doit complètement reconfigurer sa force commerciale sur un secteur d’activités, les prestations aux entreprises, qui est très concurrentiel ? Tout cela ne me paraît pas très réaliste.

Entre 2010 et 2018, la CCI du Nord Isère a vu baisser sa ressource fiscale de 50%. Elle s’est battue pour augmenter son chiffre d’affaires avec la vente de prestations. En 8 ans, celui-ci a cru de 25%. Pourquoi n’avons-nous pas fait mieux ? Deux raisons principales à cela : premièrement les petites entreprises bénéficiaires des actions de la CCI ne peuvent pas payer le prix de marché de ces prestations et deuxièmement les collectivités territoriales avec lesquelles nous avons signé des conventions de partenariat pour le développement économique de leurs territoires ont des moyens limités. Il a donc fallu réduire la voilure. En huit ans, les effectifs ont baissé de 20%. L’amélioration de la productivité de nos collaborateurs avec l’évolution de leurs compétences et leur fort engagement, a cependant permis de limiter la baisse de nos activités.

Ma conclusion, à partir de cette expérience, est que la nouvelle baisse drastique de 70% de la ressource fiscale en trois ans va se traduire par une restructuration profonde des CCI. Il va falloir à la fois malheureusement réduire brutalement les effectifs mais aussi heureusement accompagner nos collaborateurs vers les nouveaux métiers et les nouvelles compétences. Tout cela a un coût. Les CCI sont aujourd’hui dans l’incapacité de le financer à la suite des dernières ponctions réalisées par l’Etat sur leur trésorerie, et ce n’est pas la vente de l’immobilier qu’elles possèdent qui suffira. Ce coût des restructurations ne doit pas être sous-estimé. Les entreprises le savent. L’Etat lui-même le sait, lui qui restructure ses propres services. Il est donc urgent qu’il acte la création d’un fonds de restructurations des CCI correctement doté. Il en va de la viabilité de son projet et de la survie des missions d’accompagnement des entreprises. Le problème n’est pas en effet celui de la survie des CCI mais bien celui du service aux entreprises qui rappelons-le, créent la richesse dans le pays. Il est de notre responsabilité au MEDEF de le rappeler à nos interlocuteurs politiques.

Pierre-Olivier BOYER photo po boyer v3
Vice-président du MEDEF Isère
Vice-président de la CCI Nord Isère