Le mouvement de colère que nous connaissons depuis plusieurs semaines revêt diverses facettes. Ses revendications sont multiples, légitimes parfois, contradictoires souvent, délirantes pour certaines.

Chacun a donc pu « faire parler » ce mouvement à sa guise. Beaucoup de nos responsables politiques ne s’en sont pas privés, souvent de façon caricaturale, outrancière et démagogique. Dans « responsable politique » il y a le mot « responsable »!

Deux éléments cependant paressent incontestables, et ils sont d’ailleurs liés : un sentiment de déclassement et un ras-le-bol fiscal.

Ce sentiment de déclassement ne relève pas que du pessimisme propre à notre pays. Il recouvre une vraie réalité économique. Au début des années 70, notre niveau de vie était équivalent à celui de la Suisse…aujourd’hui il en va autrement. Pourquoi ?

À chaque difficulté économique nous avons fait le choix de dépenser et de redistribuer plus, au détriment de notre tissu économique, et en particulier de notre industrie. Le pouvoir d’achat ne se décrète pas ; il n’est que la conséquence de notre capacité à créer des richesses. Il en va d’un pays comme d’une entreprise. Comme tout chef d’entreprise, je sais ce que je dois à mes collaborateurs, c’est grâce à leur travail, à leur talent et à leur engagement que j’ai pu la développer. Dès que je peux les récompenser je le fais, mais si je distribue plus que nous ne créons de richesse, je tue l’Entreprise et les emplois qui vont avec.

Les réponses apportées par le Gouvernement sont fortes et étaient surement nécessaires ; mais ne nous voilons pas la face. Céder aux sirènes de la démagogie ne ferait qu’aggraver nos difficultés :

– « Redistribuer plus » : la France représente 15 % des transferts sociaux au niveau mondial et seulement 1 % de la richesse créée…nous sommes les recordmen de la redistribution. En sommes-nous plus heureux ?

– « Taxer plus les riches » : ils sont déjà surtaxés et les faire fuir n’a jamais enrichi les pauvres. Avons-nous comme horizon « tous égaux dans la pauvreté »?

– « Taxer plus les entreprises » : elles sont également les plus taxées au monde. Chaque année, elles paient 80 milliards d’euros de prélèvements fiscaux et sociaux de plus que les entreprises allemandes.

Nous avons l’énergie, la créativité et les talents pour être aux premières places dans la compétition mondiale. Mais pour cela il nous faut, plus que jamais, descendre de notre triste podium : déficits, impôts, chômage.

Je saisis cette occasion pour vous souhaiter à toutes et tous une belle et heureuse année 2019. Souhaitons également à notre pays un retour au calme, au dialogue dans le respect, au débat dans un cadre démocratique, apaisé et raisonné. Remercions également nos forces de l’ordre pour leur engagement, leur professionnalisme et leur sens de l’intérêt général.

Pierre STREIFF
Président du MEDEF Isère_DSC5423