Des choix stratégiques à faire à l’échelle pertinente.

Cet hiver aura rappelé, après plusieurs saisons peu enneigées, que l’envie de skier est bien là et que l’attractivité du ski ne se dément pas. Le ski ! Ce loisir sportif que tant d’isérois portent dans leur cœur n’est pas uniquement un passe-temps. C’est aussi un modèle indémodable d’aménagement du territoire.Imprimer

Là où les efforts des élus pour sédentariser les populations rurales sont confrontés au recul de l’emploi agricole et industriel, le ski continue encore et toujours de tenir la promesse d’un emploi non délocalisable. Ainsi, les stations françaises emploient 120.000 personnes, et les stations iséroises pèsent pour environ 10% de ce chiffre (c’est-à-dire autant que les stations pyrénéennes dans l’ensemble de leur massif).

Pourtant, le tourisme reste perçu, en France, comme une activité subalterne et facile. C’est bien mal connaître notre secteur dont l’économie montagnarde toute entière dépend. L’ingénierie touristique qui se rattache aux stations est complexe. Les choix qui incombent aux acteurs, notamment aux acteurs publics lorsqu’il s’agit d’investissements ou d’urbanisme, sont très engageants pour l’avenir.

  • Investissements : chaque année, 300 millions d’euros sont réinvestis sur les domaines skiables français, ce qui représente 25% des recettes de vente de forfaits. C’est le prix à payer pour maintenir l’attractivité d’un domaine soumis à une très forte concurrence. Nous avons d’ailleurs salué les aides apportées par la Région Auvergne Rhône Alpes, et par le Conseil Départementale de l’Isère pour aider les stations à s’équiper en neige de culture.
  • Urbanisme : à partir d’une certaine taille de station, la qualité du parc de lits marchands est déterminante pour la mise en marché de la station. Il est de la responsabilité des élus de s’assurer que ces lits dits « chauds » restent en marché afin que l’afflux de clientèles ne se tarisse pas progressivement dans la station. En la matière, on estime que les résidences de tourisme vendues à des propriétaires particuliers produisent, lorsque les baux arrivent à échéance, une perte mécanique de 3% des lits chauds chaque année. C’est pourquoi nous avons fait des propositions innovantes à Edouard Philippe, lorsque le Conseil Interministériel du Tourisme s’est penché sur ce sujet et nous espérons qu’elles seront entendues.

Reste que pour se développer harmonieusement, nos territoires doivent être compris par leurs voisins urbains. Minoritaires en population, mais territorialement très vastes, les collectivités de montagne voient les centres de décision s’éloigner. Dans le dossier de la compétence « eau » et de la compétence « promotion du tourisme », dont les communes devaient être brutalement privées, sans possibilité de dérogation au terme de la loi NOTRe, ce n’est qu’au prix d’un très gros effort que les montagnards sont parvenus, partiellement, à faire valoir le principe de subsidiarité, c’est-à-dire la prise de décision au plus près du terrain. Au passage, la moitié des stations de montagne ont quand même perdu leur office de tourisme communal, faute de remplir les critères de la dérogation obtenue de haute lutte (devenir station classée).

Prenons garde : transformer les montagnes en un jardin pour les populations urbaines serait tourner le dos à leur histoire, à leurs populations et à leurs valeurs.

Laurent REYNAUD Laurent Reynaud V def
Délégué Général des Domaines Skiables de France