Les entreprises reviennent sur le chemin de la croissance et de l’investissement. Les banques répondent présent ! Avec 6% de croissance des encours de crédits, les chiffres le prouvent. Les banques françaises sont d’ailleurs les plus dynamiques de la zone Euro. Quel plaisir pour le banquier que je suis de voir nos établissements avancer à cette vitesse …. Et pour l’acteur isérois de voir la machine économique repartir à un niveau inégalé depuis le début de la crise des subprimes.

Ce soutien puissant à l’économie, les banques l’engagent en même temps qu’une transformation sans précédent : les banques de 2017 ne sont plus celles du début des années 2000. En raison, tout d’abord, du nombre considérable de réformes qui leur a été imposé. 42 nouvelles directives européennes ont transformé les règles du jeu en contraignant notre développement par un niveau déraisonnable d’exigences en fonds propres et une plus grande sélectivité des financements accordés.

Et l’agenda de réformes reste encore très chargé : Bank Structural Reform, Norme IFRS 9, Taxe sur les transactions financières, TLAC, risque de taux, revue des modèles internes, RWA… Derrière ces noms barbares se cachent des mesures qui malheureusement renforcent la distorsion de concurrence avec les banques anglo-saxonnes,  augmentent la fragmentation fiscale au sein de l’Union Européenne avec pour résultat de fragiliser la place de Paris à l’heure où, avec le Brexit, se livre une bataille essentielle pour remplacer Londres comme première place financière européenne. Et il est regrettable de noter que les places financières américaines et anglaises, grâce à un soutien politique et économique sans faille, sortent renforcées de la crise et gagnent des parts du marché mondial. Le monde présent est favorable. Pour accélérer, il faut faciliter le travail des acteurs. Et ne pas créer de nouvelles règles !

Spécificité française, nos banques doivent également faire face à une érosion historique de leur marge d’intérêt, et plus particulièrement sur les prêts immobiliers, en raison d’une concurrence toujours très vive entre établissements et des vagues sans précédent de réaménagement. Si cette situation bénéficie naturellement à nos clients, elle fait peser une réelle menace sur notre modèle de banque de proximité.  Le maintien d’un maillage national de près de 37.300 agences représente un coût de plus en plus lourd à supporter.

D’autant que, comme d’autres secteurs d’activité, les banques sont confrontées à l’impact des nouvelles technologies et des attentes nouvelles de nos clients. Si la consommation de services bancaires progresse, la fréquentation dans nos agences poursuit, d’année en année, son recul : seulement 20% des français viennent au moins une fois par mois dans leur agence contre 52% en 2010 – et ce chiffre descend à 13% chez les 18-35 ans. Cette digitalisation croissante de la relation amènera, et dans une certaine mesure amène déjà, une adaptation du modèle économique de banque de détail avec des conséquences probables sur l’emploi. Cette pression sera d’autant plus forte que l’arrivée prochaine de d’intelligence artificielle et du machine learning pourrait bouleverser encore plus profondément les pratiques en offrant des capacités d’analyse et de temps de traitement propres à révolutionner l’expérience utilisateur telle qu’elle existe aujourd’hui mais aussi la productivité d’une industrie qui n’est, de toute évidence, qu’au début d’un cycle de transformation d’une ampleur que beaucoup d’experts jugent sans précédent.

Rodolphe FERRIER
Président de la Fédération Bancaire Française Isèrerodolphe ferrier